La bisexualité, le choix de ne pas choisir
Mercredi, septembre 9th, 2009 | Discussions Sexualité

Hétéro ou homo, aujourd’hui, on affiche son identité sexuelle. Et on la revendique. Il existe pourtant une troisième voie, encore taboue, qui consiste justement à ne pas choisir. Une ambivalence que nous aurions tous en nous ?
Bisexualité (mot formé sur le modèle de homosexualité et hétérosexualité) Dans son sens actuel il désigne les conduites et l’attirance sexuelle et/ou sentimentale pour des personnes des deux sexes, soit simultanément soit alternativement.
Il ne faut pas la confondre avec l’androgynie, c’est-à-dire un être humain dont l’apparence ne permet pas de décider à quel sexe il appartient. Quand une personne est physiquement porteuse des deux sexes, on parle plutôt d’hermaphrodite.
On distingue la bisexualité comme comportement de la « bisexualité psychique » théorisée notamment par Wilhelm Fliess et Freud qui serait le fondement psychique inconscient de tout être humain. Selon Freud dans « Trois essais sur la théorie sexuelle. Les bisexuel(le)s peuvent avoir des relations simultanées avec les partenaires de n’importe quel sexe, pratiquer la monogamie en série avec des partenaires de l’un ou l’autre sexe, avoir des relations avec des partenaires d’un seul sexe ou pratiquer la chasteté. La bisexualité se réfère aux désirs et au concept de soi, pas nécessairement au comportement.
De fait, une certaine bisexualité existe à l’état latent chez tout individu. Elle résulte de nos identifications précoces à nos deux parents. Au début du xxe siècle, Freud échafaudait le concept de « bisexualité psychique », entendu comme « l’idée que chaque sexe manifeste certains traitscaractéristiques de l’autre ». Il estimait qu’il y a en chacun de nous « du masculin et du féminin, ces notions faisant partie des notions les plus confuses du domaine scientifique ». « Qu’un hétérosexuel ait des fantasmes homosexuels (ou l’inverse) ne signifie pas pour autant qu’il les réalisera. L’équilibre d’une personnalité résulte de l’expression de certains fantasmes et du refoulement de certains autres. »
Pour les Grecs, « celui qui aime la beauté humaine sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes, au lieu de supposer que les hommes et les femmes différent sous le rapport de l’amour comme sous celui du vêtement » (Plutarque).La bisexualité radicale est une identité, au sens où elle est et n’est pas une identité sexuelle. La bisexualité est un véritable mode de vie, une vision de l’existence, un choix de ne pas choisir.

Cette différence qui dérange
Amour libre, pilule, Gay Pride : notre époque croit avoir accompli sa révolution sexuelle. Elle admet qu’à côté du modèle hétérosexuel dominant existe son contraire, l’homosexualité. Mais elle bute encore sur une troisième voie, celle ouverte par les bisexuels qui revendiquent le droit de ne pas choisir, le droit d’aimer indifféremment hommes et femmes, successivement ou simultanément.
Notre société n’arrive pas à se départir d’une logique binaire qui voudrait qu’il n’existe rien entre l’homosexualité et l’hétérosexualité. Les choses ne sont pas aussi simples que.
Dans les années 40, Alfred Kinsey, auteur de deux grandes enquêtes sur les comportements sexuels, affirmait déjà que toutes les pratiques existaient et s’organisaient en un continuum, depuis l’hétérosexualité jusqu’à l’homosexualité en passant par la bisexualité. Soixante ans plus tard, affirmer sa bisexualité reste pourtant malaisé. Pour les hétérosexuels, c’est un homosexuel qui ne s’assume pas. Pour les homos, un traître à la cause. L’entre-deux, la différence, provoque toujours un malaise.
Comment la bisexualité est-elle perçue aujourd’hui ?
La biphobie est moins virulente qu’au début de l’épidémie de sida où l’on a accusé les bi de transmettre le virus entre homos et hétéros.
Enquêter sur la bisexualité n’est pas un exercice facile. Non seulement parce que c’est une notion qui dérange, mais en plus parce qu’elle recouvre des réalités variées et difficilement superposables.
Autrement dit, les bis ne se ressemblent pas. Ni dans leurs pratiques, ni dans l’identité qu’ils revendiquent.
La plupart de ceux qui ont une pratique bisexuelle se disent homos ou hétéros. En partie parce que ce sont des catégories socialement mieux acceptées, et aussi car leur attirance envers les hommes et envers les femmes ne s’exprime pas dans les mêmes proportions. On voit bien qu’avoir des relations sexuelles avec des hommes et des femmes ne suffit pas à fonder une identité bisexuelle. A l’inverse, nombreux sont ceux qui se sentent bisexuels tout en ayant des relations exclusivement hétérosexuelles ou homosexuelles. Ceux-là reconnaissent leur double attirance sans pour autant passer à l’acte.
Notre éducation ne nous permet pas toujours d’exprimer nos préférences sexuelles. Pour certains, la bisexualité peut être une phase transitoire entre une hétérosexualité insatisfaisante et une homosexualité qu’ils ne sont pas encore prêts à admettre. Pour d’autres, elle est un mode de vie qui correspond à une réelle inclination envers les deux sexes.
Indéniablement, la rencontre sexuelle n’est pas la même selon que l’on touche un corps semblable au sien ou un corps fondamentalement autre.
Avec les femmes, l’échange est plus sensuel et les possibilités de jouissance infinies parce que nous connaissons notre corps comme aucun
homme ne le pourra jamais, faute de l’habiter. Avec les hommes. L’échange doit composer avec l’impatience de la jouissance masculine.
Il est aussi souvent plus acrobatique parce que les hommes sont traditionnellement plus portés vers la performance.Ce qui s’y joue est différent mais complémentaire. Les parts masculine et féminine ne s’expriment pas de la même manière avec un homme ou avec une femme. C’est parfois le cas et parfois l’inverse.
Serions-nous tous bisexuels si, nous nous autorisions à laisser s’exprimer notre « désir pour le même » comme « pour le différent », ou, notre « part féminine et notre part masculine » ? Non, il ne suffit pas de s’affranchir du jugement social pour devenir bisexuel. Notre sexualité résulte d’une construction psychique qui n’est pas la
même pour tout le monde.
Beaucoup d’individus ne se reconnaissent pas sous la dénomination « hétérosexuel » ou « homosexuel ». A l’origine, nous nous sommes regroupés pour lutter contre un sentiment d’isolement, parce qu’il est important pour tout le monde de pouvoir parler de soi et d’être accepté tel qu’il est.
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